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Le narcissisme comme feuille de route par Christophe CHASTANET PDF Imprimer E-mail
                              
 
Casser les codes, telle était bien la volonté de l’Elysée avec ce grand oral au Palais de Chaillot hier soir.

Il est certain que le style de Bourdin et Plenel n’est pas celui des passe-plats qu’ont été jusqu’alors Delahousse ou Pernault.

Bravache, le président de la République voulait de la répartie et s'imaginait tel un boxeur face à des contradicteurs sans concession. La période est à la contestation sociale et le chef de l’État ne pouvait donner l’impression de se défiler. Mais à trop vouloir satisfaire son ego, Emmanuel Macron a pris le risque de... se retrouver dans les cordes et incapable de parer les coups.

Il est alors vite apparu pour ce qu’il est réellement : un homme politique sans consistance qui n'apporte pas les bonnes réponses et refuse de se remettre en question.

Sûr de son fait et de sa légitimité démocratique pourtant réduite, Emmanuel Macron n’a cédé sur rien.

Sur la Syrie, il a justifié les frappes menées dans la nuit de vendredi à samedi en avouant à mots couverts que le véritable but de ce raid nocturne n’était pas de châtier le régime syrien pour l’utilisation d’armes chimiques - dont les preuves ne sont toujours pas rapportées -  mais bien de renverser le rapport de force redevenu favorable à Bachar El Assad afin de « construire une solution politique inclusive » ne laissant pas la Syrie dans la main d’un seul pouvoir ! Mais depuis quand il appartient à la France de choisir ou d’imposer ses interlocuteurs ? où se situe alors le respect du droit international ?

S’agissant des mécontentements qui traversent la société française (SNCF ; NDDL ; étudiants…), le président de la République a réfuté toute convergence des luttes et a répondu avec la fermeté et l’arrogance qu’on lui connaît. Le chantage aux cheminots qui doivent accepter la réforme de la SNCF pour que l’État reprenne une partie de la dette de l’entreprise à partir de 2020 est tout simplement du jamais vu dans la bouche d’un président de la République.

En ce qui concerne les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), Emmanuel Macron s’est engagé clairement à créer un cinquième risque de la Sécurité sociale consacré à la dépendance. Mais cette mesure, prise sous la pression d’un mouvement de protestation des personnels des Ehpad, qui dénoncent depuis plusieurs mois des conditions de travail dégradées, n’est pas financée et la création d’une deuxième journée de solidarité travaillée non payée ne peut pas être un recours. L’échec de celle instaurée par Raffarin après la canicule de 2003 est patent.

Sur la fiscalité, Emmanuel Macron a martelé qu’il n’y aurait pas d’impôt nouveau d’ici à 2022 mais a annoncé une refonte de la fiscalité locale, notamment des bases de calcul de la taxe foncière, ce qui laisse supposer que celle-ci va exploser à l’heure où la suppression de la taxe d’habitation n’offre plus aux collectivités locales que ce seul levier pour équilibrer leurs budgets.

Enfin, sur l’islamisme et les « enfants de la République qui sont prêts à céder à la tentation du djihad », le chef de l’État a affirmé qu’il fallait mener un « travail de reconquête », sans expliquer comment concrètement il entendait y parvenir, car ce n’est pas la fermeture symbolique de trois mosquées qui asséchera l’islam radical quand on sait que la DGSI évoque dans plusieurs rapports la montée du salafisme en France et que dans un État de droit comme le nôtre, où jusqu’à preuve du contraire on ne peut pas savoir ce qui se passe dans la tête des gens, les comportements peuvent être interdits mais pas les convictions personnelles.

Au final, que restera-t-il de cet exercice qui ressemblait plus à une pièce de théâtre surjouée qu’à une interview intelligible ? la forme a pris le pas sur le fond et Emmanuel Macron s'est livré à un exercice narcissique avec la seule finalité de montrer ses muscles et ses qualités de débatteur... c'est une nouvelle fois la fonction présidentielle qui en pâtit !
 

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